Le Tour de France revient en Côtes d’Armor le dimanche 27 juin, avec une arrivée d’étape à Mûr-de-Bretagne. L’occasion d’évoquer ici la longue histoire qui lie le Tour au département et plus largement à la Bretagne. Car le cyclisme fait partie de notre patrimoine, de notre imaginaire collectif. Une histoire jalonnée d’anecdotes, de faits d’armes, de héros devenus légendes. En voici quelques moments choisis. 

La Boucle n'est jamais bouclée

Corps

Au commencement était le vélo, dont les premiers exemplaires ressemblant à peu près à nos bicyclettes modernes apparaissent à partir de la seconde moitié du XIXe siècle. Des sociétés vélocipédiques voient le jour çà et là en Bretagne dès les années 1860. Des courses sont organisées à l’occasion de patronages et de pardons, et l’engouement populaire est déjà là. Mais ce n’est qu’à partir de la fin du XIXe  siècle que la France est littéralement prise d’une « folie de la bicyclette ». La petite reine entre de plain-pied dans l’ère de la production industrielle. De fait, elle devient accessible aux paysans et aux ouvriers. L’économiste Jean Fourastié notera que si en 1893, il fallait 1 650 heures de travail à un ouvrier pour s’offrir un vélo, il ne lui en coûtait plus, en 1913, que 360 heures.

En 1891, la première grande course de France, la Paris-Brest-Paris, un périple de 1 200 kilomètres, va conforter la popularité du cyclisme en Bretagne avec - cerise sur le gâteau - la 4e  place du premier héros du cyclisme breton, le Costarmoricain Jean-Corentin Corre, de Trémel. 

Quant au Tour de France, il voit le jour en 1903, et passe pour la première fois en Côtes-du-Nord en 1906, avec l’étape Brest-Caen qui traverse Guingamp, Saint-Brieuc et Lamballe. Il faudra ensuite attendre plus de 20 ans pour revoir le peloton débouler sur les terres costarmoricaines. Durant cinq années consécutives, de 1927 à 1931, Dinan sera en effet ville étape. Et le premier grand rendez-vous du Tour avec Saint-Brieuc aura lieu en 1938, avec l’étape Caen-Saint-Brieuc.

Enthousiasmée par cette première expérience, Saint-Brieuc obtiendra à nouveau une étape en 1947, lors du premier Tour de l’après-guerre, pour un contre-la-montre Vannes-Saint-Brieuc où, dans la fameuse côte de Mûr-de-Bretagne, le Morbihannais Jean Robic engrangera de précieuses secondes pour sa victoire finale à Paris. Il devient le nouveau géant breton. Tout jeune marié, Robic avait promis cette victoire en guise de dot à sa jeune épouse. On le surnommait « tête de cuir », parce qu’il était l’un des rares à porter un casque de cuir pour se protéger des chutes. Convaincu qu’il devait cette victoire à sainte Anne, il fit don de son maillot jaune à la basilique Sainte-Anne d’Auray.

Toujours lors du Tour 1947, un jeune Breton de 22 ans, encore inconnu, est au départ. Il s’appelle Louison Bobet… et abandonnera dans les Alpes. Bobet, surnommé « le boulanger de Saint Méen », a passé sa jeunesse à livrer à bicyclette le pain de la boulangerie familiale. Après ce premier échec, il apprendra au fil des ans à se durcir, physiquement et mentalement. La suite, on la connaît : il écrasera le peloton de son intelligence tactique et de sa classe pour s’adjuger trois victoires finales, de 1953 à 1955.

En 1950, 1954, 1958 et 1965, le Tour fait de nouveau étape à Saint-Brieuc, mais aucun coureur français ne s’y illustre. Après une longue absence, le Tour revient en Côtes-du-Nord en 1972, une fois encore pour une étape à Saint-Brieuc (départ d’Angers), première étape en ligne de cette édition qui voit, à la surprise générale, le Français Cyrille Guimard coiffer sur la ligne d’arrivée les meilleurs sprinteurs, sur la piste de l’ancien vélodrome de Beaufeuillage. S’ensuivra une nouvelle étape à Saint-Brieuc en 1979, puis une longue parenthèse qui ne verra la course revenir dans le département qu’en 1995.

Mais si le Tour ne passe pas dans les Côtes-du-Nord, les Côtes-du-Nord survolent le tour, avec l’avènement de Bernard Hinault. L’ancien apprenti ajusteur d’Yffiniac s’affirme très vite comme un coureur complet, doté d’un mental d’acier qui lui permet, dans les pires étapes de montagne, de surmonter la fatigue et la souffrance pour relancer la machine. Il s’engage pour la première fois sur le Tour en 1978 et le gagne. Dès lors, « Le blaireau » dominera le cyclisme mondial pendant près d’une décennie, remportant cinq fois la Grande boucle, sans toutefois jamais parvenir à s’imposer sur ses terres, où il devra seulement se contenter d’une deuxième place lors de l’étape briochine de 1979. Il faudra donc attendre 1995 pour que les Côtes-du-Nord, devenues Côtes d’Armor, accueillent non pas une étape, mais le prologue, à Saint-Brieuc, et les deux premières étapes en ligne, Dinan-Lannion et Perros-Guirec-Vitré. Vinrent ensuite quatre autres éditions de la Grande boucle, en 2004 (Châteaubriant-SaintBrieuc / Lamballe-Quimper), en 2008 (Plumelec-Saint-Brieuc), en 2011 (Lorient-Mûr-de-Bretagne / Carhaix-Cap Fréhel / Dinan-Lisieux) et en 2015 (Rennes-Mûr-de-Bretagne).

Après 2011 et 2015, la Grande boucle réserve donc une nouvelle arrivée à Mûr-de-Bretagne. Nul doute que la célèbre côte de Mûr, longue de 2,20 km pour un dénivelé de 7 % en moyenne, sera le théâtre de belles empoignades, prolongeant la belle histoire qui lie le Tour au département. 

Bernard Bossard et Laurent Le Baut
Magazine des Côtes d'Armor, N°162 Mars-Avril 2018