Sport

France-Islande au Roudourou : une histoire costarmoricaine

Publié le 4 octobre 2018
Jeudi 11 octobre à 21 h, l'équipe de France de football, récemment sacrée championne du monde, accueille pour un match amical, au stade du Roudourou à Guingamp, l'équipe d'Islande. L'occasion de rappeler l'histoire commune entre les Côtes d'Armor et "l'île de glace", à travers la pêche morutière à Islande, laquelle marqua fortement le pays Goëlo à partir de 1850.
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Quittant ses genêts et sa lande, quand le Breton se fait marin, pour aller aux pêches d'Islande, voici quel est le doux refrain, que le pauvre gars fredonne tout bas : « J'aime Paimpol et sa falaise, son église et son grand pardon, j'aime surtout la Paimpolaise qui m'attend au pays Breton ». La célèbre chanson de Théodore Botrel, quand ce n'est pas le roman de Pierre Loti "Pêcheur d'Islande", nous rappelle ce temps où Paimpol, mais aussi d'autres ports costarmoricains, envoyaient des navires pêcher la morue à Islande.

La pêche à Islande va se développer à partir de 1850, alors que la grande pêche sur les bancs de Terre-Neuve existe depuis déjà très longtemps. Mettre le cap sur l'Islande est tentant. Il fallait en effet trois semaines à un mois pour rejoindre Terre-Neuve contre seulement huit à dix jours pour se rendre en mer d'Islande. Une mer qui s'avère en outre plus poissonneuse.

Peu après Paimpol, d'autres ports se tournent vers l'Islande : Dahouët, Binic, Tréguier, Le Portrieux, Saint-Brieuc et Erquy. L'impact économique est considérable. La "pêche à Islande" comme on disait à l'époque emploie des milliers de marins et génère une multitude d'activités de sous-traitance : forges, corderies, charpentiers, avitaillement des navires, etc. Sans oublier le développement des chantiers navals (essentiellement à Paimpol et Binic) d'où sortiront des dizaines de goélettes.

60 ans de campagnes intensives

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Les goélettes quittent les ports à la mi-février pour ne revenir qu'en septembre. Les conditions à bord sont rudes. Les hommes souffrent du froid et des cadences : il n'est pas rare pour un marin de pêcher, à la ligne depuis le pont, de 15 à 18 heures par jour. La pêche à Islande est en outre très dangereuse. De nombreux naufrages sont à déplorer, en raison des violentes tempêtes, voire des ouragans, qui sévissent en mer d'Islande, poussant les navires sur les récifs. Le bilan fait froid dans le dos : on dénombre 120 naufrages et plus de 2 000 morts...

Après 60 ans de campagnes intensives, la pêche à Islande commence à décliner à l'aube de la Première guerre mondiale. Déclin qui s'accélère dans les années 1920, lorsque l'Islande adopte une loi très protectionniste rendant pratiquement impossible toute incursion de pêcheurs étrangers dans ses eaux territoriales. La toute dernière goélette, "La Glycine", finira sa carrière à Paimpol en 1935.