Reportage

Sapeurs-pompiers : maintenir l'effectif de volontaires

Publié le 2 juillet 2021
Le capitaine Benjamin Gaspaillard, adjoint à la cheffe de groupement des ressources humaines et de la formation : "Concernant le secours aux personnes, les aides techniques, comme le matériel, ont évolué et nécessitent moins de force physique." (photo Thierry Jeandot)
Le capitaine Benjamin Gaspaillard, adjoint à la cheffe de groupement des ressources humaines et de la formation : "Concernant le secours aux personnes, les aides techniques, comme le matériel, ont évolué et nécessitent moins de force physique." (photo Thierry Jeandot)
Le volontariat est historiquement la pierre angulaire de l’organisation des secours. La sollicitation des sapeurs-pompiers volontaires représente 76% de l’activité opérationnelle globale du Sdis 22. Le maintien des effectifs est au centre de l'attention du directeur et du Groupement des ressources humaines et de la formation.
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Le prestige de la tenue n'est pas le seul atout des sapeurs-pompiers volontaires (SPV) ! Ces 2 520 personnes participent aux missions de sécurité civile confiées au Service départemental d'incendie et de secours (Sdis). "Parmi les petits mythes de l'engagement des SPV, intervient Stéphane Morin, contrôleur général et directeur du Sdis 22, il faut rappeler que l'essentiel des interventions sont des secours aux personnes ; les incendies sont une faible partie des interventions contrairement à ce que l'on pense souvent."

Alors que 76 % de l’activité en 2020 a été assurée par les volontaires, l'enjeu est de maintenir des effectifs suffisants pour assurer la sécurité des personnes, des biens et de l'environnement. "Sur le plan national, il y a une volonté de favoriser le recrutement de SPV, et les plans d'action se succèdent, explique le directeur. Par ailleurs, une proposition de loi sur la sécurité civile, débattue fin mai dernier, comporte des mesures très attendues, dont plusieurs font consensus."

La reconnaissance des employeurs qui font l'effort de mettre des SPV à disposition ; la fidélisation, c'est-à-dire la durée d'engagement ; l'avantage retraite, demandé par les volontaires depuis longtemps ; et la disponibilité en journée, de 7 à 20 heures, sont quelques-unes d'entre elles.

Stéphane Morin, contrôleur général et directeur du Sdis 22 (Photo Thierry Jeandot).

Secours aux personnes, incendie, interventions diverses : vers le recrutement différencié

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Des freins à l'engagement existent, qui sont en passe d'être levés, comme le détaille Sandrine Coutelan, lieutenante-colonelle, cheffe du groupement des ressources humaines et de la formation : "Des personnes voudraient s'engager dans le volontariat, mais ne supportent pas la vue du sang ; d'autres ont peur du feu. Ce constat nous a amenés vers le recrutement différencié, sur lequel nous travaillons, et qui devrait commencer à être opérationnel d'ici à la fin de l'année. Il s'agit du recrutement de volontaires spécialisés, soit en secours aux personnes, soit en incendie, soit en opérations diverses (inondation, tempête, accident…). "

"Nous n'avons pas besoin de super-héros ni d'athlètes ! sourit Stéphane Morin. D'abord parce que c'est un travail en binôme ; ensuite parce que nous avons besoin de tous les gabarits : des costauds pour porter, des petits pour se faufiler !"

S'il est vrai que le Sdis ne recherche pas des sportifs de haut niveau, une bonne santé – qui recouvre les aptitudes physiques et médicales – est indispensable. Le capitaine Benjamin Gaspaillard, adjoint à la cheffe de groupement des ressources humaines et de la formation, cite l'exemple "du secours aux personnes, pour lesquelles les aides techniques, comme le matériel, ont évolué et nécessitent moins de force physique."

"Limiter les délais d'intervention"

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Le recrutement s'opère toute l'année, au fil de l'eau "selon les besoins, c'est-à-dire davantage dans certains secteurs, qui correspondent aux bassins de vie. Nous veillons à recruter au plus près des casernes et du domicile afin de limiter les délais d'intervention", précise Sandrine Coutelan.

Le Groupement des ressources humaines se félicite du maintien global des effectifs de volontaires dans le département. Ils et elles sont environ 2 500, âgés de 16 à 55 ans, dont 25 % de femmes, un taux de féminisation plus élevé dans les Côtes d'Armor que dans nombre de départements. En moyenne, les femmes sont recrutées vers 25 ans, et les hommes vers 27 ans.

"Les engagements ne sont pas les mêmes, remarque Benjamin Gaspaillard. Les femmes s'arrêtent pour avoir leurs enfants et reprennent peu ensuite. En revanche, les hommes intègrent le corps un peu plus tard, mais se stabilisent sur une durée plus longue. En moyenne, on est SPV pendant 11 ans." Pour l'essentiel, "les interventions ont lieu pendant la journée, lorsque les gens vaquent à leurs occupations, et non la nuit lorsqu'ils dorment. Je crois à l'adaptation locale, car il existe des particularités dans certains secteurs", remarque Stéphane Morin.

Sandrine Coutelan, lieutenante-colonelle, cheffe du groupement des ressources humaines et de la formation au Sdis 22 (photo DR).

Des conventions signées avec les employeurs publics et privés

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Parmi les "petits mythes" qui entourent les missions des volontaires, celui de la disponibilité 24 h sur 24 est persistant : "Aujourd'hui, ajoute-t-il, nos logiciels nous permettent une très grande souplesse. Un exemple : avec l'application installée sur mon téléphone, je me déclare disponible demain de 16 h à 20 h. Le jour-même, à 15 h 30, je ne le suis plus. Aucun problème pour l'indiquer dans l'outil. Il s'agit bien d'un engagement, et non d'un emploi !"

Afin de libérer les volontaires de leurs obligations professionnelles, des conventions sont signées entre le Sdis et les employeurs publics et privés dans tout le département, et depuis longtemps pour certains. Ainsi, cet engagement des sapeurs-pompiers volontaires est aussi un engagement des employeurs.

10 volontaires pour un professionnel

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A l'instar des quelque 300 sapeurs-pompiers professionnels – soit un professionnel pour 10 volontaires – les SPV peuvent faire carrière. Les grades des volontaires, de sapeur à colonel, sont les mêmes, tout comme les tenues. Cependant, ajoute Sandrine Coutelan, "le rythme de passage d'un grade à l'autre est plus lent que pour les professionnels." Des passerelles existent pour passer du corps des volontaires à celui des professionnels, sur concours internes et externes.

Cette fonction citoyenne est dédommagée, et non rémunérée. Les SPV ne perçoivent pas de salaire, ne cotisent pas pour leur retraite et ne payent pas d'impôts sur les indemnités reçues : "C'est un engagement libre", poursuit-elle. "Répondre à l'urgence est bien la mission des SPV. En revanche, leur rôle n'est pas de remplacer un professionnel absent. L'urgence, c'est notre métier et notre engagement", insiste le directeur départemental.

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Comment devient-on volontaire ?

Voici les étapes pour intégrer un corps de SPV :

  • visite médicale d'aptitude ;
  • entretien avec le chef de centre le plus proche de chez vous ;
  • extrait de casier judiciaire n°2 ;
  • test d'aptitude physique (400 mètres de course à pied sur piste) afin de vérifier souplesse et mobilité ;
  • visite médicale ;
  • une semaine de formation de secours aux personnes ;
  • puis… départ en intervention en position d'apprentissage.

Objectif : être opérationnel le plus rapidement possible.

Deux autres modules de formation – incendie, interventions diverses - sont ensuite à effectuer. En tout, cette formation initiale de 20 jours est à suivre dans un délai de trois ans, pendant les congés des candidats et des candidates. Celle-ci est indemnisée de la même manière que les interventions, soit au taux horaire de 7,92€ (sapeur) à 11,91€ (officier).

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